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24 janvier 2016 : 8e réunion du cercle à la Commune

Boxe : Qu'est-ce qui vous a saisi, déstabilisé, terrassé, attiré ?

(cliquer sur les liens pour voir les contributions récoltées)

 

se sont retrouvés, à la salle des quattre chemins de la Commune : Corine, Stéphane, Sébastien, Elodie, Yasmine, Hervé et Julien. Voici aussi leurs contributions ainsi que celles d'Abèle et Agnès.

 

Cercle 24 janvier 16 10.2

 extrait de la discussion :

Elodie : … il y a aussi toute une exploitation par des gens qui se font un pognon incroyable sur les boxeurs.

Julien : tu parles de la Boxe pro. La Boxe pro c’est de l’argent. Alors que le niveau de Boxe chez les amateur est aussi bon.

Elodie : mais quand tu commences dans un club, tu es d’abord amateur. Donc c’est le glissement entre les deux. Et ça a toujours été une histoire de fric sur le dos des boxeurs. Donc j’ai du mal à...

Julien : mais la fascination ne vient pas de l’argent. La fascination du combat entre deux adversaires.

Stéphane : tous les spectateurs ne sont pas des parieurs. Même si les gains des matchs viennent des paris finalement.

Julien : c’est comme le foot, c’est à vomir, mais je comprends que ça puisse être beau et qu’on aime regarder un match. Le monde de l’argent c’est autre chose, mais c’est là.

Corine : et le monde de l’argent il est aussi violent dans l’exploitation au travail, pas plus que dans la boxe

Elodie : je suis d’accord mais c’est juste que je vois dans la Boxe comme le symbole de ça. C’est pas une condamnation. Mais en même temps quand je vois que vous vous pétez le nez, et que vous saignez, je me dis...

Julien : mais la personne qui combat, elle l’a choisi. Personne ne l’a forcée.

Sébastien : Et il n’y a pas d’argent dans la Boxe amateur. Et c’est pas forcément non plus un tremplin pour passer professionnel.

Julien : oui, il y a tellement de choses à faire en amateur. On peut y faire carrière. On entend mal le mot « amateur ». En Boxe pro, il y a plus de round, ce qui change la donne, mais le niveau est aussi bon. Et il y a vraiment de quoi faire.

Stéphane : Loïc Wacquant pose cette question dans son article Les trois corps du pugiliste. Il demande : est-ce que les boxeurs viennent de milieux sociaux défavorisés ? est-ce qu’ils rêvent tous d’ascension sociale ? Evidemment oui, comme les footballeurs. Mais en même temps non, ça suffit pas pour expliquer. Parce que l’un dans l’autre, il y en a quand même très peu pour qui ça marche.

Julien : il y a de moins en moins d’argent. Je connais des boxeurs professionnels, c’est la misère.

Stéphane : Saïd nous disait que les matchs sont dotés à 500 euros. Comme tu fais pas de match toutes les semaines, c’est vite vu.

Elodie : d’après ce que j’ai lu, ça a été créé dès le début avec cette idée d’argent. C’est pour ça que j’ai l’impression que ça symbolise toute l’exploitation. Quand je vois un combat, quand je vois deux personnes se battre, je vais dire un truc très con, mais j’ai « mal au monde ». Ça me fait hyper mal.

Julien : je comprends. Mais quand tu fais de la Boxe, il y a toujours un moment où tu te demandes : mais pourquoi je fais ça ? D’autant plus si tu es pacifique dans la vie. Pourquoi j’ai besoin de cette violence ? C’est étonnant, fascinant, ça fait peur cette envie là. Mais c’est humain. Qu’est-ce qui fait que lorsque deux personnes se battent, et il n’y a pas d’argent là, il y a souvent des gens qui viennent et qui regardent et qui sont comme ça…

Elodie : ça me fait mal de la même façon

Julien : mais ils regardent, pas forcément contents, en trouvant ça horrible, mais ils regardent

Elodie : et ils ne les séparent pas, ils regardent

Julien : ouais

Corine : dans Danbé Aya Cissoko dit qu’on lui demande « pourquoi tu fais ça, c’est violent », et elle répond que c’est la vie qui est plus violente et qu’en Boxe « on ne prend pas des coups par derrière »

Julien : c’est dur à comprendre, mais le combat de Boxe, c’est pas du tout un combat sauvage

Sébastien : comme une bagarre ?

Julien : pas du tout. C’est un cadre. Tu peux pas tout faire. C’est très important. L’autre à la fin, tu lui dis merci, bravo. On se respecte.

Elodie : c’est marrant parce que ce sont des sensations que j’avais déjà avant de venir, je les ai toujours mais en même temps ça m’intéresse de plus en plus. J’entends tout ce que vous dites.

Corine : mais c’est troublant

Stéphane : oui, c’est troublant. Si tu prends le passage de L’Eneide par exemple où Virgile décrit vraiment un combat de pugilat, ce qui est étonnant c’est que tu as l’impression que rien n’a changé. C'est-à-dire en gros qu’il y en a un qui lance un défi, il fait très très peur et personne n’a envie d’y aller, c’est un genre de Sonny Liston de l’époque, pas du tout le type que tu as envie de rencontrer. Alors il y en a un qui est plus âgé que les autres, et qui dit « bon, ben.. », et en plus les autres lui disent « toi, vas-y », il n’a pas très envie mais bon il y va. Il y a d’abord les harangues d’avant combat, ils portent des cestes, des sortes de coups de poings américains, parce qu’à l’époque c’était comme ça, mais il y en a qui sont tellement lourdes qu’on a peur rien qu’à les voir. On se dit qu’un coup avec ça, ça doit être épouvantable. Donc les spectateurs sont épouvantés avant même que le combat ait commencé. Ils ne se disent pas du tout que ça va être chevaleresque. L’épouvante, la stupeur et la fascination sont déjà là. On parle des romains, d’une société brutale, de guerriers. Je ne pense pas qu’il y ait de progrès dans l’humanité de ce côté-là, ni de régression. Ils savent qu’il y a quelque chose de trouble qui se joue. Et le match a lieu. Et de toute façon la fin est terrible. Et de toute façon ils se sont pris tellement de coups.. Il y en a un qui crache toutes ses dents et on l’emmène tout pantelant, il vomit des flots de sang… c’est terrible. Le niveau de violence et le niveau de fascination c’est toujours le même. Et pour l’argent, mais quand la Boxe s’invente avec les règles actuelles en Angleterre, c’est le début du capitalisme. Donc la Boxe suit l’évolution du capitalisme. Alors qu’à l’époque romaine la Boxe suivait des logiques d’esclavage. C’est à l’image de la société. Par contre ça n’épuise pas la question de la stupeur et du tremblement, que moi je ressens aussi. On a deux photo de toi (Julien), une juste au moment où tu vas rencontrer ton adversaire, et une à la pause sur le bord du ring, et on se dit « waouw il s’en est passé ». Et sur la troisième où on voit que tu as gagné, donc on est contents. Sauf que de toute façon que tu aies gagné ou perdu, tu t’en es pris plein la gueule. J’ai pris des photos de spectateurs en train de regarder, et ils sont tous à ouvrir des billes comme ça, et parfois…

 

 

 

 

 

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