Le Cercle

Une exploration des clubs de sports de combat en Seine-Saint-Denis

TXT Boxe

Contribution d'Hervé à la réunion du Cercle du 24 janvier 2016

Thème de la réunion : dans la Boxe, qu'est ce qui vous a frappé ?

 

Comment représenter « La boxe » au théâtre ?

Selon Sébastien, la représentation d’un combat de boxe est vouée à l’échec. Un combat de boxe ne peut être simulé, revécu sur une scène de théâtre. La représentation d’un combat au théâtre ne pourrait pas rendre compte du tragique, de la violence, de l’intensité d’un « vrai » combat en salle. Je me range à son avis.

Alors comment représenter « la boxe » ?

J’imagine une improvisation. Commencer par un échauffement, celui que nous faisons chaque semaine au Boxing Beats d’Aubervilliers mais avec mes habits de ville. Sauter, faire les mouvements de jambes appris au club, oui se concentrer sur le jeu de jambes et parler de ces pas de danse légers aériens, gracieux. La chorégraphie des combats de boxe est une des choses qui m’a frappé. Je pense que Corine pourrait faire une chorégraphie baroque en partant des jeux de jambes des boxeurs. Personnellement je me vois bien en ballerines, collant moulant et tutu rose. Pour le haut, un justaucorps, mes gans et mon casque de boxe. Virevolter comme ça entre terre et ciel, entre féminin et masculin. J’en suis persuadé la boxe, c’est un mélange de féminité et de virilité. Il n’y a pas plus viril que ce sport avec les gros muscles, la violence, la combativité des boxeurs, mais leur jeu de jambes subtil, élégant, dansant trahit la féminité des corps et des boxeurs eux-mêmes. Enlever son pantalon à ce moment ! Se retrouver en slip avant d’arborer un short pour le moins seyant. Dévoiler mon buste avant d’enfiler un tee-shirt rouge. On ne se cache pas à la boxe! En s’habillant parler du Boxing Beats. Pas une ambiance familiale et conviviale comme aux Diables Rouges, le club de lutte de Bagnolet où l’on peut voir des mamans avec leur progéniture venant voir le « grand » ou le papa, lutter. Plutôt une ambiance de club avec des sportifs très sympas, ouverts, respectueux. J’aime bien la façon de nous dire bonjour et au revoir. Ici, pas de « Bonjour » à la cantonade, on se serre la main en se regardant avec un petit sourire qui exprime le souvenir d’un combat, d’un exercice effectué ensemble. Au Boxing Beats, le prof donne les exercices et les élèves s’exécutent. Un cours magistral en fait, comme à la Sorbonne. Un cours présocratique à la française. Si je faisais un spectacle sur la boxe, j’aimerais bien interviewer Samuel. 3 fois par semaine, Samuel boxe au Boxing Beats, il est originaire du Bénin, travaille à la Poste derrière un guichet. Mensuration 1 m, 80 de haut et 1 m de large, des bras comme mes cuisses, je vous laisse imaginer ses jambes. Le Tyson du boxing Beats. La comparaison s’arrête là. Il arbore large sourire, barbe, yeux pétillants, une bonne pâte d’homme et bon boxeur par-dessus le marché. C’est un représentant parfait du club. Je voudrais bien qu’il nous dise ce que lui apporte la boxe. Ah oui, j’oubliais, certains m’appellent Monsieur et j’aime bien ça.

J’entoure mes mains avec mes bandes noires. Il serait bon qu’on entende la rumeur des combats. Les clameurs de la foule, les arbitres etc…  Je n’aime pas assister aux combats. Voir 2 hommes se frapper au visage, se faire mal réellement, chercher le K.O, c’est difficilement supportable. Je sens les coups, je pense aux séquelles des frappes : nez cassés, neurones en moins, blessures aux cervicales, pommettes éclatées. J’ai mal pour eux. Cette violence et la douleur qu’elle engendre me révoltent. Je voudrais que les combats de boxe n’existent pas. Dans le sport, le but est de tuer symboliquement l’adversaire. Mais dans la boxe le « symbolique » est réduit à rien. Le but est de faire mal réellement, il faut mettre l’adversaire K.O. c’est-à-dire à terre et inconscient, mort pendant des poignées de secondes. Cette violence extrême, je la réprouve. Toujours en mettant mes bandes : Encourager un homme à frapper son semblable au visage est impossible pour moi. J’en ai froid dans le dos. J’ai été pétrifié quand, pendant un combat, j’ai vu un boxeur s’écrouler devant une salle exultant de plaisir et criant comme un seul homme des retentissants « Ouais ! », « Bravo !», « Tu l’as eu ! »… le boxeur est resté inerte sur le tapis pendant quelques longues secondes avant de se relever groggy, victime expiatoire de crimes inconnus. 

En mettant mes gants.  Qu’est-ce que je fais au Boxing Beats toutes les semaines, si je n’aime pas les combats. Tout dans l’apprentissage de la boxe tend vers le combat. C’est comme si on passait son temps à répéter un spectacle sans jamais le jouer. Qu’est-ce que j’aime dans les entrainements ? L’extrême intensité de ceux-ci. La simplicité apparente de ce sport : 3 attaques, 3 défenses. C’est aussi simple et aussi difficile que le billard français. Ce qui me plait surtout, c’est l’obligation comme au théâtre de n’être que dans le présent de l’action. Avoir le petit trac avant un assaut comme avant une entrée sur scène. Se sentir vivre. Je mets mon casque, je suis prêt au combat.

Hervé Falloux

Cercle 24 janvier 16 6.2

 

Mots-clés: Boxe

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