Le Cercle

Une exploration des clubs de sports de combat en Seine-Saint-Denis

Chronique aux Diables Rouges

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Mardi 26 mai 2015. Entrainement aux Diables Rouges (lutte) à Bagnolet. Salle Jean Legendre au complexe sportif de la Briqueterie

J’arrive à 17h30.

Je monte en Vélib maintenant : ça m’entraine de venir à l’entrainement !

Ils sont tous crevés par le WE du Grand Prix.

Leïla n’a pas dormi de la nuit du samedi, elle a pris du Spasfon toute la nuit. Elle veut se faire arrêter mais on lui dit qu’être enceinte n’est pas une maladie. Elle est moniteur sportif et ne peut pas faire à moitié.

Delphine est fatiguée aussi. Elle est allée hier lundi au Zoo de Vincennes avec son fils Younes, elle a trouvé que la rénovation était réussie.

Elle me conseille d’y aller l’après–midi car le matin tous les animaux ne sont pas sortis.

Delphine et Leïla s’occupent des petits, je demande à Maurice si je peux l’interviewer après le cours, il me dit qu’il doit partir vite, mais il commence à me raconter son histoire.

Je l’interviewe au débotté sans enregistrer, en notant, dans le brouhaha de la salle (les enfants sont excités comme des puces, ils font des jeux)

 

Mikael fait mettre les enfants en rang dos au mur : Il leur dit que l’année prochaine ils seront sélectionnés, que ceux qui ne sont pas assidus ne seront plus autorisés à venir au cours. Les gamins n’arrêtent pas de commenter. Il leur apprend des techniques qu’il montre avec Mélissa (la plus grande et expérimentée des filles)

Retour au mur. Il leur demande pourquoi certains n’ont pas dit bonjour à Didier. Que ça ne se fait pas. Les mômes trouvent des excuses (« j’étais en retard »)

Il les fait ensuite combattre, deux par deux devant tous les autres ; Ceux qui regardent se prennent au jeu et encouragent ou fustigent. Certains sont autorisés à combattre contre lui.

Fin du cours!

Entrainement de 19h30.

Par Vadim et Christian.vadim regardepour site

Beaucoup de monde. 7 filles (dont Mahawa, Serena championne de France, Melissa du cours d’en-dessous et des nouvelles que je n’ai jamais vues)

Des nouveaux garçons aussi.

Les pères arméniens sont là et coachent leurs enfants.

pere theopoursite

Xavier le père de Théo vient s’asseoir sur le banc entre Sébastien et moi à la fin car une jeune fille est partie avec son copain qui a quitté l’entrainement. Je lui demande s’il veut bien qu’on l’interviewe. Je lui explique pourquoi. Nous discutons avec lui à bâtons rompus.

Voici ce que nous apprenons : Lui ne voulait pas que Théo son fils fasse de la lutte car il trouve ça trop dur et trop violent pour le corps (lui en a fait pendant 20 ans, a été à l’INSEP et quinze fois champion de France). Son fils l’a tanné et a finalement commencé il y a 1 an ½. Il dit que ça casse le corps. Que les petits ne s’en rendent pas compte, ils s’amusent mais lui est cassé, Vadim qui a été champion du monde a été opéré du cou, et d’autres endroits dans le corps… Comme ça sollicite toutes les articulations, on a toutes les articulations nazes à 40 ans. Que on ne peut pas faire doucement. Parce qu’on a toujours quelqu’un en face. Et qu’en face c’est l’inconnu.Théo faisait de l’escalade avant, Xavier trouvait ça très bien. Des grands champions d’escalade lui ont dit qu’en vieillissant ils avaient des problèmes dans les articulations de doigts mais au moins ce n’est que les doigts ! dit-il.

entraineurptgarcon verrierepour site

Il y a aussi la qualité de l’enseignement : En lutte, comme c’est un sport peu connu, les entraineurs ne sont pas aussi bien formés que dans d’autres sports. Quand il était à l’INSEP, en athlétisme, des champions comme Jean Galfione et Marie-Jo Perec ne s’entrainaient qu’une fois par jour. En lutte, c’était deux entrainements par jour et il fallait sortir cassé. L’entrainement n’était qu’une question de quantité et pas de qualité.

Il n’avait plus envie de monter sur le tapis. Dégouté. Il n’y est plus jamais remonté depuis qu’il a arrêté. Il dit que la différence entre l’athlétisme par exemple et la lutte, c’est que dans les sports où tu es seul, il n’y a que toi en jeu, tu peux progresser à ta façon, à ta manière, t’entraîner individuellement. Et les performances progressent, car les techniques progressent. (saut en hauteur qui passe du ventral au dorsal etc)

Dans un sport de combat, il y a l’inconnu de l’adversaire. Et ça change tout. Tu ne peux jamais savoir comment tu vas lutter car ça ne dépend pas que de toi. Ça dépend aussi de l’autre que tu ne connais pas. Il y a cet inconnu qui fait que ce n’est pas un sport « exact » . Même à l’entrainement tu ne peux pas t’entrainer seul, ça n’a aucun sens. C’est lié forcément à l’autre, le partenaire d’entrainement ou l’adversaire de combat. Il y a donc beaucoup plus de données en jeu. C’est beaucoup plus complexe qu’un sport individuel.

la salledeluttepour site

Il remontera peut-être sur le tapis dans un an, quand Théo aura le même gabarit que lui pour lutter contre son fils. Mais il n’en a pas envie spécialement, il dit qu’il retardera le moment le plus possible et que dès que Théo sera dans la catégorie au-dessus de lui, il arrêtera. Il est dur contre les pères qui poussent leurs enfants au maximum. Il dit que les enfants n’ont plus de plaisir.

Il a fait un championnat de France sous le chapiteau de l’école du cirque de Châlons. Il était en Bourgogne. On discute de la différence entre les circassiens ou les danseurs de l’opéra qui sont aussi cassés mais eux au moins peuvent espérer gagner leur vie avec ça !

Pendant tout l’entraînement, des pères (oncles ? ) arméniens poussent les petits à s’entraîner dur. En arménien, ils invectivent, conseillent, font refaire (même la montée à la corde à la fin de séance). Certains enfants ont gagné pendant le tournoi (la plupart sont forts déjà et frères ou copains, prennent visiblement beaucoup de plaisir à lutter ensemble). On comprend que ce sont les pères dont nous parlait Didier dimanche. Et ayant entendu Xavier, ça devient concret tout d’un coup.russemannequinenfantpour site

Jean-Jean est passé dire bonjour, puis au-revoir. Les anciens ont joué à la pelote.

Gauthier hésite à me dire au revoir en faisant une bise car dit-il : « je suis en sueur, moi ça ne me gêne pas mais vous ? » On se fait la bise.

A la fin les lumières s’éteignent petit à petit à partir de 21h30 car le gardien fait signe qu’il faut sortir de la salle. (Il y a encore la douche à prendre et lui termine à 22h) Dans le couloir c’est la queue pour les douches.

Mots-clés: Lutte

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