Le Cercle

Une exploration des clubs de sports de combat en Seine-Saint-Denis

L'uppercut de Bertlod Brecht

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SPORT ET PRODUCTIVITÉ DE L’ESPRIT

Réponse à une enquête

Je dois avouer que je trouve plutôt malencontreux qu’on présente la culture physique comme conditionnant la productivité de l’esprit. N’en déplaise au professeurs de gymnastique, un nombre appréciable de produit de l’esprit sont l’œuvre de gens mal portants ou tout au moins fort peu soucieux de leur corps, d’épaves humaines piteuses à voir qui, de leur lutte avec un corps récalcitrant, ont tout justement extrait quantité de santé sous forme de musique, de philosophie, ou de littérature. Je ne nie certes pas que la plus grande partie de la production littéraire des dernières décennies aurait aisément pu nous être épargnée au prix de quelques exercices physiques et de quelques activité de plein air bien choisies. J’ai un grand respect pour le sport, mais lorsqu’un homme « fait du sport » pour remettre d’aplomb sa santé minée le plus souvent par inertie individuelle, cela est tout aussi éloigné du sport véritable, qu’on est loin de l’art quand, pour surmonter un chagrin, un jeune homme écrit des vers sir l’inconstance des filles. Des gens que je soupçonne d’avoir partie liée avec les fabricants de savon ont longtemps assuré que la consommation que faisait une nation de cette denrée était le baromètre de son standing culturel. Pour ma part, je ne doute pas un instant que même sans une consommation tout à fait immodérée de savon n’eût pas empêchée un Michel-Ange d’être un danger pour la civilisation. Je puis vous faire part d’une petite expérience personnelle : il y a quelques temps, je me suis acheté un punching-ball, principalement parce que, pendillant au dessus d’une exaspérante bouteille de whisky, il a très bonne mine, et parce que, en donnant à mes visiteurs l’occasion de s’en prendre à mon goût des objets exotiques, il les empêche de parler de mes pièces. J’ai observé que chaque fois que j’ai (à mon sentiment) bien travaillé (ainsi d’ailleurs qu’après la lecture des critiques), je lui donne quelques bourrades capricieuses, alors qu’en période de paresse et de déliquescence physique, je ne songe pas à améliorer ma condition par un entrainement décent. Faire du sport par hygiène est effroyable. Je sais que le poète Hannes Küpper, dont les travaux sont réellement d’une telle décence qu’ils ne trouvent pas d’imprimeur est pilote de course et que Georges Grosz, dont également personne ne se plaint, fait de la boxe, mais je sais qu’ils font ça par amusement et qu’ils le feraient même au prix de leur santé. Le problème est naturellement différent s’agissant de professions non intellectuelles. Des comédiens par exemple ont besoin d’un entrainement physique par suite de leur conception erronée du théâtre, laquelle les contraint à des efforts physique considérables. Quant à moi, j’espère prolonger ma déliquescence physique d’encore au moins soixante ans.

Mots-clés: Boxe, bertold brecht

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