Foxcatcher, de Bennett Miller, 2014
Inspiré d’un fait divers authentique, Foxcatcher raconte l’histoire tragique et fascinante de la relation improbable entre un milliardaire cinglé et deux grands champions de Lutte des années 80-90, les frères Schultz.
Dave est l'entraîneur de son frère cadet Mark, plus imposant physiquement mais plus fragile intérieurement. On comprend dès le début du film dans une scène où Miller décrit brièvement le dénuement des athlètes professionnels une fois passé l’heure de gloire des olympiades (on le voit donner, en échange de quelques dollars, une conférence devant des lycéens morts d'ennui), que Mark est le héros anonyme et solitaire d'un sport qui n'intéresse personne. Mais alors qu'il cherche comment participer aux Jeux Olympiques de Séoul de 88, il est invité par le milliardaire mégalomane John Du Pont qui a décidé de monter une équipe de Lutte libre (l'équipe "Foxcatcher") dans sa grande propriété de Pennsylvanie, que Miller filme comme une sorte de royaume fantastique à la beauté crépusculaire. Ce gourou grotesque et monstrueux (interprété par Steve Carell génial dans le rôle), à la folie irradiante, fera tout basculer dans une folie meurtrière qui coûtera la vie à l'ainé des deux frères. Au fil des compétitions et des entraînements il se noue entre les trois hommes un manège fait de sourdes dominations. C'est cette relation de manipulation perverse et destructrice avec la psychologie fine qu'il arrive à tirer des personnages qui intéresse le réalisateur plus que la connaissance de la Lutte elle-même.
On a l'impression que ce qui l'intéresse le plus dans la Lutte, c'est son mystère. Le regard qu'il porte sur elle est moins celui d'un connaisseur que celui d'un observateur distant et fasciné par un univers qui a ses propres règles et valeurs. Il la filme avec austérité, comme une chorégraphie étrange au savoir secret, confidentiel. Comme un langage presque illisible. Il arrive ainsi a nous maintenir dans une sorte de perception instable, où on n'est jamais sûr de ce qui est en train de se passer. Comme dans l'impressionnante scène de sparring des deux frères au début du film où le choc des corps, les torsions des membres qui se nouent et se dénouent disent plus que les quelques paroles que s'échangent les personnages
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