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Tentative de description de la géographie d’un club de boxe : Le Boxing Beats à Aubervilliers - Les vestiaires des hommes :

Page 4 sur 6: Les vestiaires des hommes :

Les vestiaires des hommes :

Le vestiaire homme mesure quatre mètres sur quatre. Cette relative exiguïté impose une certaine rotation dans son usage. L’utilisation successive des bancs se fait naturellement au fil des arrivées. À la fin du cours, on se succède au gré des préférences de chacun. Certains vont directement se changer. D’autres restent dans la salle pour pratiquer des étirements. Certains passent sous la douche, d’autres non. Je n’ai aucune pratique personnelle de la douche collective, et une pruderie datant de mon enfance m’en interdit l’accès. L’usage des douches collectives a été depuis mon enfance un repoussoir majeur à la pratique du sport. L’expérience au Stade Français d’un essai collectif avec d’autres camarades footballeurs, a marqué ma mémoire d’un sentiment de mélancolie et d’une rejet presque viscéral des bans en bétons froid des vestiaires, des blagues graveleuses sous une douche hoquetant, et de la surveillance pénible d’entraineurs en gabardine trainant au milieu de garçons à demi nus. J’étais retourné illico à nos séances de footballs autogérés à l’air libre des terrains du polygone de Vincennes.

Certains boxeurs se douchent nus, d’autres en slip, il y a même un garçon qui sort nu des douches et s’essuie sans vergogne au milieu de nous. Tout se déroule dans la politesse et la discrétion. Voilà qui a tranquillisé le petit garçon que je ne suis plus.

Le vestiaire est un théâtre. Un verbe haut s’exerce là, qui n’a pas place ailleurs. Ce théâtre est essentiellement assumé par trois ou quatre boxeurs qui prennent en charge les dialogues, les diatribes, et les a parte. Trois modes majeurs de parole se distinguent.

1 : le soliloque. Adressé à tout le monde et à personne il part d’une question générale, par exemple : y aura-t-il cours lundi prochain ? Il décolle depuis cette piste pour s’envoler vers la confession générale : moi, toutes le semaines, je viens. Si tu perds le rythme, c’est trop dur. Si tu viens pas une fois, c’est foutu. À Noël même, je viens. Noël, je m’en fous. L’année dernière, à Noël, j’ai bu une demi bouteille de champagne et au lit. Ah ouais, Noël j’en n’ai rien à foutre.

2 : le dialogue. Généralement celui ci porte sur un combat, soit entre deux membres du club durant une compétition interne, soit observé dans tel ou tel gala de région parisienne, ou encore observé à la télévision. C’est un commentaire a-postériori, en duo, souvent sur le mode du surenchérissement, et n’ouvre presque jamais sur un débat, sauf sur un point technique. Parfois un troisième interlocuteur qui a assisté au combat, ou connaît l’un des protagonistes en question met son grain de sel dans la conversation : « ah, oui, Untel, il a un coup droit monstrueux. Monstrueux. »

3 : le chœur. Le sujet le plus propice au chœur est le foot. Là presque tout le monde dans le vestiaire a vu le match ou connaît les équipes en cause. L’idéal pour lancer le chœur est d’évoquer le revers spectaculaire de l’équipe favorite de l’un des boxeurs, par exemple chambrer la Nième défaite du PSG en quart de finale de Champions League, ou la descente possible de l’OM en Ligue 2. « OK, OK. La saison est foutue. Allez-y. C’est des chèvres. C’est clair, je l’avoue. Allez Allez, défoulez-vous tous un bon coup. Vous avez raison. On est ridicule, si on descend pas on a de chance, je dis même moi. Mais attendez, la saison prochaine, moi, je dis, vous verrez ». Au chœur répond vaillamment le solo du supporter dépité.

La place idéale pour les soli est à côté de la porte. Dans le théâtre du vestiaire, tout le monde ne se risque pas sur scène. La plupart d’entre nous hochent la tête, approuvent, ou sourient. Pour monter sur scène, il faut un certain passé dans le club, avoir dépassé la vingtaine d’année, faire partie des « avancés », et témoigner de l’aplomb et du talent oratoire requis.

Moi, dans le vestiaire, j’écoute et ne dis presque jamais rien.

Des places ont fini par se fixer au cours de la saison dans le vestiaire. Ainsi, Sébastien et moi nous changeons-nous dans le coin au fond à droite. Hervé, plus sociable, sur le banc du milieu.

Devant un des murs est disposé une longue armoire en métal présentant une série de casiers. C’est là que je laisse mon sac personnel avec portefeuille, téléphone portable etc. Ce rangement est tout symbolique car, comme la plupart des boxeurs, je ne ferme pas la porte avec un cadenas comme le règlement du club invite à faire. Hervé fermait en début d’année son casier avec un cadenas. Depuis son retour, je n’ai pas eu le temps de vérifier s’il continue à afficher cette prudence.

L’armoire métallique est couverte de coupes, de tailles et de modèle divers. Rien n’indique où et quand ont été gagné ces trophées qui littéralement se couvrent de poussière. On peut voir dans cette exposition un encouragement au travail, et aussi une leçon d’humilité.

Les toilettes :
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