Le Cercle

Une exploration des clubs de sports de combat en Seine-Saint-Denis

Corps et âme : carnets ethnologiques d’un apprenti boxeur, 2000

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P 206 : « Je sais ce que ça demande de monter sur le ring, et chaque fois que je suis passé entre les cordes, j’avais peur, chaque fois que je suis monté sur le ring, j’avais peur. Personne le savait que moi, c’est une chose que tu gardes secrète tout au fond de toi, et c’est comme ça que j’étais ; (…) Après mon footing le matin, je rentre chez moi, je regarde une chaine sur le câble, je sors pas de la pièce. Je me mets à manger de petites portions, parce que moi, je suis nerveux, j’ai l’estomac tout noué, et j’essaye de… généralement, après la pesée, je me sens mieux. ( …) L’après-midi du combat, j’ai jamais dormi, oh non non. Les mecs, avant le combat, ils dorment pas, ils sont allongés au repos, mais ils sont bouffés de trac (full of butterflies) tous ces boxeurs, même Ali, il l’a reconnu, il avait peur quand il combattait et j’aime ça moi : si t’as pas peur, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Chaque fois que je suis monté sur le ring, j’avais peur. »

P 219 : « Je me sens bien, surtout t’es sur le ring et que les gens crient ton nom et tout, c’est presque comme de se shooter à la came. Et, heu, d’être sur le ring pour moi c’est comme d’être un acteur, comme d’être sur une scène de théâtre : tu donnes un spectacle pour ton public et c’est comme ça que j’ai toujours combattu. Il faut toujours que je montre quelque chose à mon public, tu vois, pour prouver que je suis un bon boxeur, et c’est pour moi une seconde nature : je me sens à l’aise entre les cordes. Je connais beaucoup de gars, c’est pas ça pour eux, mais pour moi, c’est du fun (…)

La réaction de la foule, c’est ça qui te charge à bloc, je veux dire, c’est la seule chose qui fait que ça vaut la peine. T’as plein de gens qui te diront l’argent, mais, tu vois, même quand ces mecs se font des centaines de milliers ; il leur manque les feux de la rampe (the limelight). Regarde Sugar Ray, Leonard, Larry Holmes, et les autres. Tous ces mecs ils sont casés à vie, mais ça leur manque, c’est comme un High, c’est pour ça que t’as tant de boxeurs qui font leur come-back (…)

Après un combat, si t’as gagné, c’est comme un grand soulagement, une grande satisfaction. Si t’as perdu, c’est le plongeon parce que tes copains sont après toi, tu l’entends dans leur voix, tu vois, comme quoi, tu les as déçu. Et toi, moi, je me sens mal vraiment mal quand je perds, je me sens mal toute la semaine. C’est comme je crois que je préfère me faire mettre KO que de perdre un match aux points. Je déteste perdre, je déteste quand tu vas au milieu du ring et l’arbitre lève la main de l’autre mec. Je sais ça de toute ma force.

Avoir du fun c’est excitant : tu sais jamais ce qui va se passer sur le ring et ça, j’adore ça. Je déteste m’ennuyer avec la même chose tout le temps. Et avec la boxe, à chaque fois – je pourrais mettre les gants dix fois et dix fois ce sera un combat différent. Et heu, c’est ça que j’aime dans la boxe : c’est toujours l ‘imprévu qui se passe. C’est comme Buster Douglas et Tyson : personne pensait que Buster Douglas allait battre Tyson. Et il était donné battu à cinquante contre un. Mais il a gagné (…) Surtout chez les poids lourds, tu sais jamais qui va faire mouche avec un coup dévastateur. Le mec pourrait te l’envoyer, tu pourrais lui envoyer toi et tout est fini, en une seconde, et toute cette excitation qui monte, ça donne un rush, c’est comme… Wow c’est ça que je veux : un peu de danger. »

P 264 : « Je suis décidé et rageur. Cus d’Amato, le légendaire entraineur « inventeur » de Mike Tyson ne disait-il pas que « la boxe est un sport de self control. Tu dois comprendre la peur afin de la maitriser. La peur c’est comme le feu. Tu peux la mettre à ton service. » »

 

Mots-clés: Boxe, Bibliographie

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