La Balance
Texte de Stéphane Olry, contribution à la réunion du Cercle du 1er juillet.
Thème de la réunion : dans la lutte, qu'est ce qui vous a saisi?
La Balance :
« Je suis la balance.
Tu te tiens face à moi, là, face à moi la balance. Je ne te crains, ni ne te méprise.
Notre rencontre, tu la prépares depuis longtemps. Ton coach t’a mis en garde : je serai ton premier et ton pire adversaire. Il te l’a dit - comme il l’a déjà dit et le redira à des centaines et des centaines de lutteurs - Ton premier adversaire, c’est la balance.
C’est vrai.
Tu ne peux pas dire que tu n’es pas prévenu. Cinquante grammes de trop sur mon plateau, et je t’éjecte. Tu te seras entrainé un an pour rien. Et tu ne pourras pas dire que je t’ai volé ton combat. Ton combat, tu te le seras volé tout seul. Pour cinquante grammes le matin de notre rencontre. Le poids d’un paquet de cigarettes.
Mesure bien ta vie, tes mouvements, ce que tu manges chaque jour. Surveille-toi bien, car si tu te trompes, alors :
Les litres de sueurs dans le gymnase
Les douleurs de tes os
Les tétanies de tes muscles
Les étirements infligés à tes tendons
Auront été vains.
Tout ce que tu te seras interdit :
Le Twix d’après l’entrainement
Les nuits avec ta copine.
Les dîners avec les copains
Les verres avec les collègues
Les cigarettes dont l’envie peut te réveiller la nuit.
Tout ce que tu auras sacrifié – pour moi
D’abord pour moi
Ton premier adversaire – la balance
Aura été sacrifié pour rien.
Je ne partage pas tes soucis.
Mon âme est si tranquille, qu’on pourrait croire qu’une âme, je n’en n’ai pas.
Toi en revanche, qui te tient en maillot devant moi, une âme, tu en as une.
Le poids de ton corps est chargé de celui, - bien léger - de ton âme, et c’est ce surpoids qui peut t’être – ou non - fatal dans le combat qui nous attend.
Oui, ton âme est chevillée dans ton corps. Ton âme c’est ton corps, voilà pourquoi tu me crains. Si tu n’avais pas d’âme, pas de désir, pas de souffrance, pas de doute, tout serait plus facile pour toi. Si tu n’avais pas de corps, tout serait plus facile pour toi face à moi. Tu le sais. C’est toute ta vie ces derniers mois que je juge. Ce sont tes renoncements, ta bravoure tes lâchetés dans chaque minute de chaque jour que je jauge.
Tu as bien raison de te méfier de moi. Je serai sans pitié ni vindicte.
Tu as bien raison de respecter l’adversaire que je suis. Le moindre de mes mouvements te terrassera infailliblement. Plus ce mouvement sera minuscule, imperceptible, une oscillation de quelques grammes face aux dizaines de kilos que tu m’opposes, plus ta chute sera fracassante.
Je te le dis :
Saute à la corde
Grimpe aux agrès
Cours dans les rues
Sue au sauna
Mange des légumes bouillis
Fais-toi vomir
Bois et élimine
Vide tes intestins
Enfin, interdit toi de boire avant notre rencontre – que ta langue et ta bouche deviennent du carton.
Démerde-toi comme tu veux
Mais quand tu te présentes devant moi : sois prêt.
Tu le sais :
Ton coach, tes partenaires, ta copine, ta famille, tes copains :
Tout comme moi, tous seront sans pitié, si, quand tu montes sur moi, tu fais pas le poids. »
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