Le Cercle

Une exploration des clubs de sports de combat en Seine-Saint-Denis

Interview de Sofiane

Sofiane est un des jeunes lutteurs prometteurs du club. "Il sent la lutte" comme disent les lutteurs. Cette saison 2016/2017 il est parti en Pôle France Jeune en lutte libre à Ceyrat.

J’ai commencé la lutte à quatre ans. Mon père m’avait amené aux Diables Rouges sur les conseils d’un ami à lui. C’est mon père qui m’a raconté comment je suis venu ici la première fois. Moi, je ne m’en souviens pas. Mon père il m’a dit que c’est moi qui ait demandé à revenir. Mes profs c’étaient Bébert et Jean-Jean (Jean Legendre, fondateur du club). Ils m’appelaient Del Piero, comme le joueur de foot italien. Je ne sais pas pourquoi ils m’appelaient comme ça. Peut-être que je ressemblais à Del Piero J’ai fait trois ans comme poussin. Maintenant, je suis avec les grands. Je me suis arrêté un an parce que je me suis coincé les doigts dans une porte de garage.

Le copain de mon père qui m’a amené, c’était le père de mon meilleur copain d’alors. On allait ensemble à la lutte. Maintenant mon copain, il est parti pour le 91. Il a arrêté la lutte.

Ma première compétition, c’était la Cristolutte (Tournoi de lutte de Créteil). J’ai fait deuxième. J’avais gagné tous les matches, mais les juges ils m’ont noté deuxième. Je ne comprends pas pourquoi. J’ai dû faire deux fois la finale. Ils s’étaient trompés dans les tableaux.

J’ai toujours du stress dans les compétitions. J’ai toujours le stress avant de monter sur le tapis. C’est la peur de perdre. Je n’aime pas perdre. La défaite qui m’a le plus marqué, c’est la dernière en championnat de France de lutte gréco-romaine. À cinq secondes de la fin, je menais. Et finalement, j’ai perdu dans les dernières secondes. Après, j’avais les larmes qui coulaient. J’étais si près de la finale. Mon adversaire, derrière en plus, il fait champion de France. Moi, je voulais rapporter la médaille chez moi. Et, il ya deux ans, c’était déjà la même chose. Ça fait deux fois que je touche presque la victoire, et que je perds. Après, le type qui m’a battu, je l’ai battu dans une autre compétition (championnat de France de lutte libre) : à cinq secondes de la fin, lui aussi il menait au score. Je lui ai fait un enfourchement, et il a perdu. Ce jour-là en plus il y avait ma mère, mon beau-père dans la salle. Ils ne viennent qu’aux grandes compétitions. C’est plus de stress encore quand ils sont là mes parents. Ça me donne plus envie de gagner. Ils sont derrière moi. Ça m’aide, oui, ça m’aide, mais enfin aussi pas trop.

Ahmed, c’était mon entraineur avant. Je l’admirais. Il est parti. Après, j’admirais plus trop personne particulièrement. Il y a un russe, il est extraordinaire, comment il s’appelle déjà ? Frankline, un nom comme ça. J’aime bien. Il gagne tout depuis dix ans. Il est riche. Il vit en Alaska dans une baraque de pêcheur. Il pêche le poisson qu’il mange. Il gagne bien sa vie. Il nage dans l’eau glacée. Une fois son avion est tombé dans l’eau, ah, vous connaissez l’histoire ? Kereline, voilà il s’appelle Kereline, ce type. J’aime bien Kareline, oui. J’ai un livre sur lui. C’est un policier en Slovaquie qui m’a donné ce livre. Kareline, il a été champion du Monde, champion olympique.

En Slovaquie, on était partis en compétition. Et puis en stage après. On est allés dans une fête foraine. Didier, il connaît bien les slovaques. Maintenant, on la fait plus cette compétition en Slovaquie. Ils ont changé les dates, et nous on ne peut plus la faire. Moi, j’aime bien voyager comme ça. J’aimerais aller partout, partout où on m’amène pourvu que je fasse de la lutte.

Moi, j’ai choisi la lutte libre. Je me sens bien en lutte libre. Je fais aussi un peu de gréco-romaine avant les compétitions. Ça fait travailler les bras.

J’ai envie de devenir lutteur pro. De rentrer en équipe de France. De faire une carrière internationale si je peux. Je viens m’entrainer trois fois par semaine. En plus, maintenant, le mercredi, je fais du cross. Maintenant, le lundi je vais peut-être aller aussi à l’USMétro. Avec Didier, on voit si je peux partir en sport-étude. Ça m’obligerait à partir, mais bon… J’en connais beaucoup qui sont en Pôle Sport.

Mon point fort, c’est de bien retenir. J’ai aussi deux techniques que je possède bien et que j’utilise même contre les plus forts que moi. Je suis vif. J’attaque vite. J’apprends vite aussi.

Mon point faible, c’est le physique. La force, je n’aime pas. Moi, je préfère la technique. Avant, je n’arrivais pas à lutter contre les types qui mettent de la force. Maintenant, j’y arrive. J’ai du mal à lutter au sol aussi.

Je n’ai jamais fait de régime. Je suis obligé de grossir pour rester dans ma catégorie. Je lutte en 63 kilos cette année. Pourquoi pas rester dans cette catégorie ? Je suis en pleine croissance. On dit en début de saison dans quelle catégorie on va lutter toute l’année. Les entraineurs nous aident à choisir notre catégorie.

Ce que je trouve le plus agréable dans la lutte, c’est de lutter. Quand je suis blessé, c’est chiant, j’ai trop envie de lutter. J’ai tout le temps envie de lutter. Avec les copains, on fait des corps à corps pour rigoler. Mais, ils préfèrent ne pas me prendre moi, parce qu’ils savent que je fais de la lutte.

Mon petit frère, quand il a vu que j’ai fait champion de France, il m’a dit je veux faire champion de France aussi. Je suis leur modèle à mes petits frères. Ils m’ont tous vu à Rosny, au Championnat de France. Si j’avais une petite sœur je l’amènerais à la lutte, comme les autres. J’entraine les petits. J’aime bien transmettre ce que je connais. Je me vois à leur place. Je vois comment j’étais quand j’étais petit. Je vois comment je faisais des bêtises. La lutte, ça me fait murir.

À la chaise, ils donnent de bons conseils. C’est important. Tout le monde vient à ma chaise. Je veux dire tout le monde peut venir. J’écoute toujours celui qui est à la chaise. À Créteil, j’ai combattu, il n’y avait personne à ma chaise. Il y avait trois combats en même temps avec des lutteurs de Bagnolet. Mihai (Mihai Bitca, entraineur aux Diables Rouges) et Dane (Dane Candillon, entraineur aux Diables Rouges), ils étaient à la chaise sur les deux autres combats. Mais le type, je lui ai mis 10-0. Alors quand ils sont arrivés, j’avais gagné.

Ce que je trouve pénible à la lutte, c’est le cardio. Je n’aime pas courir. Le cross-fit, j’aime bien, mais en général, je n’aime pas courir. En match, du coup, je suis vite fatigué. J’ai du mal à tenir la distance. Je n’aimais pas travailler avant. Mais je me suis dit si tu veux gagner, il faut que tu travailles. Alors, un soir, ça m’a pris comme ça, je suis monté à la Briqueterie, et j’ai couru, couru, couru, jusqu’à ce que je m’écroule. Je suis resté trente minutes allongé dans l’herbe avant de pouvoir me relever.

C’est un grand symbole de la lutte le maillot. C’est le seul sport où on porte ce type de maillot. Je préfère mon maillot bleu. J’ai gagné tous mes combats en bleu. En combat voilà comment ça se passe avec le maillot. On se fait peser, ensuite on tire un jeton. Ensuite on va au tableau. Le lutteur qui a son nom sur le tableau du haut il portera son maillot bleu. Donc celui qui est appelé le premier il porte le maillot rouge.

On montre la fresque de Beni-Hassan

Sur la fresque, il y a beaucoup de choses qu’on reconnaît. La lutte c’est un des premiers sports au JO. Là c’est des égyptiens ? Je croyais que c’était les grecs qui avaient inventé la lutte.

Le policier en Slovaquie m’a donné un deuxième livre qui parle des luttes traditionnelles : la lutte à l’huile, avec les turcs qui se battent sur l’herbe ensemble. La lutte sénégalaise, c’est connu aussi. Une fois, ils sont allés au Sénégal, Les Diables Rouges. Il y a une photo dans la salle.

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