Le Cercle

Une exploration des clubs de sports de combat en Seine-Saint-Denis

La question, c’est ce qu’on fait de notre rage

Elisa dit : « la question, c’est ce qu’on fait de notre rage. »

Tout le monde ne l’a pas la rage. Depuis mon enfance, j’ai le souvenir du regard dubitatif de mon frère devant mes crises de rage. Il y avait là quelque chose semblait irréductiblement étranger à lui, à sa nature, et qui l’inquiétait.

Quoi que je fûs son cadet de deux ans et lui fût beaucoup plus grand et fort que moi, je n’hésitais jamais à l’affronter physiquement, et ensuite à utiliser toutes les armes à ma disposition pour le faire reculer. Même vaincu, écrasé au sol par tout le poids de mon frère, je persistais à tenter de le mordre, sous son regard éberlué.

Aujourd’hui quand Élisa dit : la question c’est ce qu’on fait de notre rage, c’est à notre rage politique à laquelle elle pense. Pourquoi malgré le temps, malgré l’usure, malgré l’absence de victoire, persistons-nous dans notre refus, notre opposition, notre colère, notre vindicte, notre révolte à l’égard de la société et de toute forme d’autorité. Cette rage devrait finir par passer avec l’âge. La baisse de notre taux de testostérone et le sens de nos intérêts devrait normalement nous asseoir sagement aux assises du Parti Socialiste pour la Culture.

Mais non.

Je persiste à me retrouver dans des collectifs où je rencontre des Élisa, des activistes plus jeunes, barbus, encapuchonnés et souvent vêtus de noir. Nous trouvons un exutoire à notre rage dans d’interminables réunions de décryptage de directives de l’Unedic, dans la rédaction de communiqués qui seront chichement lus mais sur lesquels nous savons nous écharper jusqu’à pas d’heure, des manifestations de soutien à des campements de sans-papier, à des actions d’occupation des bureaux du medef. Bref, une guéguerre sans fin, en tout sans grand espoir du grand soir.

La boxe, c’est un exutoire aussi. C’est bien le mot exact : exutoire. Un espace qui permet de libérer, de canaliser le trop plein de rage qui bouillonne à l’intérieur et menace d’exploser si une issue ne lui est pas trouvée.

Quand je sors du cours de boxe, je suis épuisé, mais apaisé aussi.

Mais dés le lendemain, le sang chauffe à nouveau dans mes veines, à petit feu, bouillonne, et cherche un lieu pour s’épancher.

Mots-clés: Boxe

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