Le Cercle

Une exploration des clubs de sports de combat en Seine-Saint-Denis

Interview de Caesar (lutteur)

Caesar a quatorze ans. il s'entraine aux Diables Rouges depuis peu. Il a choisi ce sport après en avoir essayé beaucoup.

La première fois que je suis monté sur un tapis de lutte, c’était à l’école. J’étais en cinquième j’avais 12 ans. C’était au dojo à côté de l’Alsace. (club de basket de Bagnolet)

Il y avait sport, lutte, et on a fait des exercices. Il nous a montré des techniques, le prof. Il nous met sur des tapis où on classe : du premier au cinquième tapis. Celui qui est au cinquième c’est le moins bon et celui qui est au premier c’est le meilleur. Il y avait un élève dans ma classe qui faisait de la lutte. Je suis arrivé facilement du quatrième au premier tapis. La lutte, au début j’avais eu 20 de moyenne parce que je me débrouillais très bien, grâce aussi (c’est ce que mon prof disait) à ma plus grande taille, à un peu plus de force et aussi et à mon poids (j’étais un peu plus gros). J’ai adoré ce sport.

Normalement cette année j’aurais dû faire du hand, mais je suis allé voir le cours de lutte ici, je suis arrivé, je me suis entrainé, je suis rentré chez moi, je me suis mis sur mon lit, je me suis couché direct. J’ai adoré la sensation de transpirer, d’être bien dans le sport, de faire de l’exercice jusqu’à la fin. J’avais fait ça dans plein de sports mais la lutte c’est vraiment un sport qui m’a tapé à l’œil, j’ai eu le coup de foudre pour ce sport. J’avais treize ans, c’était au mois de septembre dernier, le 30 je crois, vers la fin septembre. Je suis monté sur le tapis, j’ai commencé à m’entrainer avec un plus grand que moi qui était beaucoup plus âgé et c’est vraiment un sport qui m’a plu. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Je ne connaissais personne. L’élève de ma classe qui faisait de la lutte ici, Patrick, n’en fait plus. Je me suis entendu très bien avec les gens, il y a une bonne ambiance dans ce club. Souvent c’est ça aussi qui attire les gens dans ce club : il y a une bonne ambiance, une bonne camaraderie, on s’entend très bien. Ce que je trouve bien ici aussi c’est que tu t’entraines avec des personnes de tous les âges. Pas que des personnes de ton âge comme dans les autres sports. Quand on est avec des gens plus expérimentés, certes on peut se faire plus mal parce qu’ils sont plus forts et qu’ils ont plus de technique, mais on apprend beaucoup plus vite et on devient fort beaucoup plus vite. Quand l’entraineur nous montre une technique et qu’on est deux débutants on peut ne pas avoir compris tous les deux. Quelqu’un de plus expérimenté peut te montrer les techniques, tu t’entraines beaucoup plus vite.

En début d’année j’aimais beaucoup m’entrainer avec Samy parce que c’est une des premières personnes avec qui je m’étais fait des liens d’amitié. Et il était plus fort. Mais je m’entraine aussi avec Yanis, Armane, et tous les autres. Je me suis aussi beaucoup entrainé avec Gauthier.

Je suis plus fort en lutte libre mais je préfère la gréco. Souvent en libre, je n’attaque jamais aux jambes, je ne fais que le haut du corps. C’est ça que j’aime, attaquer au haut du corps, ne pas se servir des jambes. J’ai envie d’aller plutôt vers la gréco.

Je viens m’entrainer ici quatre fois par semaine : lundi, mardi, jeudi, vendredi. Je pars à 20h50 parce que mes parents veulent que je rentre à 21h. (l’entrainement dure jusqu’à 21h30). Avant je le faisais mais maintenant je ne peux plus. Parce que une fois je suis rentré à 22h50 ou un truc du genre, c’était un vendredi soir, l’entrainement avait duré assez tard, j’étais revenu trop tard et mes parents depuis ce jour-là m’ont dit : Tu rentres à 21h. Je loupe une grosse partie de l’entrainement, je loupe souvent la PPG et les combats. L’année prochaine je pense que ça changera et que je pourrai enfin aller jusqu’à la fin de l’entrainement. À l’entrainement ce qui me plait, c’est transpirer, faire beaucoup d’efforts et à la fin rentrer chez soi, prendre une douche, aller sur son lit et tu t’endors deux minutes plus tard tellement tu es fatigué, c’est ça le plaisir. Dans les autres sports, je revenais, je n’étais pas si fatigué que ça.

Avant, j’avais fait du roller, du judo, de la boxe anglaise, du kung-fu, du rugby, du hip-hop et de l’équitation. Et du foot. Je les ai fait tous pendant un an sauf le judo où je suis resté trois ans. Et la lutte c’est ma première année et je vais rester pendant trois ou quatre ans c’est sûr.

Je trouve que la lutte est beaucoup plus physique que tous ces sports et en même temps, il n’y a pas de coups. C’est ce qui est différent avec par exemple du karaté ou de la boxe, où tu te prends des coups. Là, tu n’as pas de coups, et c’est beaucoup plus physique, il y a plus de sol, plus de technique. Et surtout ce qui m’a plu au début, c’est qu’il n’y avait pas de coups parce que à chaque fois je m’en prenais dans tous les sports à part la danse ou l’équitation, même le rugby quand tu te prends une personne, que tu fais un placage… et là ça m’a vraiment plu, ça m’a tapé à l’œil.

Je voulais continuer la boxe mais avec l’appareil dentaire ce n’est pas possible.

La lutte c’est un sport qui est apparu un peu comme ça, on m’a proposé, et j’ai dit oui et ça m’a plu.

La différence entre la boxe et la lutte c’est que à la boxe on se tape pour aucune raison, pour la raison du sport, sans raison ; en lutte, il n’y a pas de coups. À la lutte certes tu peux faire mal à ton adversaire sur certaines prises mais je me souviens quand j’ai fait un championnat à la boxe, au début les adversaires sont agressifs, ils ne veulent même pas te serrer la main. La lutte, ce n’est pas que c’est calme mais tu serres la main à l’adversaire, tu commences le combat et c’est complètement autre chose que la boxe.

Le judo c’est presque la même chose la lutte sauf que tu utilises beaucoup plus le haut du corps. En lutte on est beaucoup plus au sol. Au judo, quand tu es au sol, tu te relèves souvent. J’aimais beaucoup le judo, j’en ai fait trois ans, et comme j’ai déménagé j’ai changé de club et je ne voulais pas continuer. Je viens de Montpellier. Maintenant j’habite à Bagnolet. Je suis venu aux Diables Rouges parce que je sais qu’ils sont très réputés, ils sont réputés mondialement. C’est pour ça aussi que je suis venu ici.

Je pourrai faire des compétitions à partir de l’année prochaine et dans deux ans je pourrai enfin faire les championnats de France parce que je suis encore trop jeune pour les faire. Et j’espère être champion. Je suis minime pour l’instant. Je suis né en 2002.

J’ai déjà fait des compétitions en boxe, en judo, en hip-hop, en karaté, en rugby (on a gagné la compétition pour les meilleurs d’Ile de France avec le club de Bagnolet le RCB).

Ce que je n’aime pas dans la compétition c’est que je veux toujours être premier et que quand je ne suis pas premier ça ne me fait pas péter des câbles mais je n’aime pas ça. Je préfère toujours être en haut. Mais on ne peut pas toujours être en haut, on a toujours plus fort que soi. Quand je perds, je m’énerve un peu mais après je me reprends. Je me dis que le plus important ce n’est pas de gagner c’est de participer.

Dans la lutte, mon plus grand plaisir c’est aussi de gagner. Ça serait de gagner le championnat de France. Pour le début. Parce que les championnats du Monde et les Jeux Olympiques… je ne peux pas les faire encore. Mais franchement, j’aime bien gagner. Ça ne me tue pas de perdre, mais je préfère gagner.

Je me suis beaucoup battu quand j’étais petit à l’école avec les personnes qui me cherchaient, je n’arrivais pas à contrôler mes nerfs. Je donnais un bon petit coup dans la tête et ça allait. Au début je ne faisais que donner des coups et plus grand, quand on me cherche, je pousse et je mets un coup de pression pour qu’il arrête. Et si il ne veut pas arrêter, il se prend un coup. Dans ce cadre-là j’ai reçu quelques coups, quand l’adversaire était plus fort que moi mais souvent c’est moi qui les mets et c’est moi qui en reçois moins.

Ce qui est différent c’est que la bagarre, c’est à un seul moment, tu ne le fais tout le temps, tandis que l’entrainement c’est tout le temps. Ce n’est pas le même effort. A l’entrainement tu te bats pour être plus fort, à la bagarre tu te bats pour être aussi le plus fort mais dans un autre sens, et pour pas te faire humilier aussi. Je dis ça parce qu’à chaque fois qu’il y a une bagarre à l’école, il y a tout le monde qui se ramène.

De la bagarre, j’en sors vainqueur ! Ça peut durer assez longtemps. Si l’adversaire veut pas arrêter, moi je ne m’arrêterai pas. Je ne suis pas le premier à m’arrêter. C’est au premier qui abandonne. En lutte, c’est au premier qui perd.

Les coups, j’encaisse. Après, je préfère ne pas prendre de coups. Je me bats souvent avec mon frère. Pour m’entraîner. Lui il fait du viet-vo-dao dans un club aux Lilas, moi de la lutte et des fois on se bat un peu. Et les coups sont permis. Je suis beaucoup plus fort au sol que lui. Il a quinze ans. On se bat au terrain vague à l’école de l’école bleue, l’école Joliot Curie, soit dans le parc, dans un terrain vague aussi. Les règles qu’on se donne : pas de gros coups dans la tête, pas de coups dans les parties intimes, on ne mords pas, on ne tire pas les cheveux, sinon, tous les coups sont permis. C’est entre frère. On se battait beaucoup quand on était petits, pour des disputes un peu bêtes. Se battre, ça a été une chose qu’on a fait depuis tout petits. C’était plutôt se donner des coups. Quand on se fait très mal ou quand on voit que l’adversaire a mal, on arrête pour ne pas le faucher. Mon frère n’a pas spécialement envie de faire du MMA. Avec les études qu’il veut faire, il ne va pas pouvoir. Il veut faire astro-physicien, bac+8 minimum.

Moi je veux aller dans les compagnons en menuiserie. Plus tard, j’aimerai faire pompier aussi. C’est pour ça qu’au début j’avais fait de la lutte aussi, parce que ça allait plus me muscler. J’ai perdu huit kilos cette année. Grâce à la lutte j’ai perdu huit kilos de graisse. Je me suis musclé. Je suis beaucoup plus content parce que avant j’étais énorme. J’étais obèse quand j’étais petit. Je me sens mieux dans ma peau. L’année prochaine je lutterai en 65 kg. Là je fais 65. Je ne ferai pas de régime. Le régime ce n’est pas mon truc. Quand on fait un régime, on perd beaucoup de poids, mais dès qu’on arrête un peu, on en reprend encore plus. Je vois ça avec ma mère qui en fait beaucoup et maintenant qui est énorme.

Je veux continuer la lutte pendant trois-quatre ans ou plus si je peux faire plus, puis recommencer la boxe anglaise et puis du viet à la fin. Je pense que je continuerai la lutte même avec les autres sports que je ferai parce que franchement c’est le sport que j’ai le plus aimé dans tous les sports que j’ai pratiqués. Beaucoup plus tard j’aimerais faire du MMA. Je recevrais des coups, je sais, mais je m’en fiche. C’est un sport que j’ai regardé quand j’étais assez petit, j’ai regardé pour la première fois à huit ans. Après, ce qui est un peu bête j’ai joué à un jeu sur PS3 qui est ressorti sur Play Station 2, ça s’appelait MMA ou l’autre nom, j’ai oublié. Ça m’a vraiment plu, l’univers de plusieurs combats mélangés, où presque tous les coups sont permis, c’est un assez beau sport. Par exemple, le plus beau K.O. que j’ai vu c’est un jeune de dix-huit ans contre un jeune de seize ans. Le jeune de seize ans lui met un coup de pied, un deuxième coup de pied retourné, un coup de pied retourné à l’envers et le jeune de dix-huit ans se le prend en pleine tête : K.O. C’est ça que j’aime bien dans le sport c’est que des fois il y a des coups qui sont extraordinaires.

Pour faire du MMA, je voudrais aller en Belgique parce que c’est interdit en France mais je ne sais pas où. Je n’ai pas encore fait beaucoup de recherches là-dessus. Je sais qu’il y a des très bons clubs aux Etats-Unis : la Key Striker League et l’autre je ne sais plus comment elle s’appelle.

En sport individuel, tu fais tout le temps tout pour toi ; en sport d’équipe tu dois gagner avec tes partenaires. C’est ce qu’on dit : un joueur ne peut pas faire une équipe. Même si tu mets Messi à Nîmes Olympique ils ne gagneront jamais la ligue des champions. La lutte c’est encore différent parce que tu te bats pour toi-même mais tu te bats aussi pour le club. Pour toi-même parce que tu peux gagner des trophées, mais pour le club parce que tu fait gagner des trophées au club aussi. Tu peux tomber sur tes partenaires, mais à chaque fois ça rehausse le club.

Mes parents savent ce que c’est que la lutte, mais ils ne sont jamais venus, parce que j’ai deux petites sœurs, une de deux ans et une de un an et des brouettes et qu’ils ne peuvent pas venir. Je n’aurais pas spécialement envie qu’ils viennent si je fais des compétitions. Déjà ça fait un trajet pour eux et ils s’en fichent un peu. Après, je préfère aussi être avec les personnes de la lutte et qu’il n’y ait pas mes parents. Pas pour faire des conneries mais…

Question ambiance, au rugby il y avait aussi une bonne ambiance ; à la boxe il y avait une bonne ambiance mais c’était toujours à celui qui serait le plus fort dans le club et des fois ça pouvait se donner des coups ou des trucs du genre. Au hip-hop, il n’y a pas vraiment de classement, c’est une bonne ambiance, des fois on s’entraine chacun pour soi parce qu’on peut pas faire autrement ; l’équitation, comme j’étais tout seul il n’y avait rien à faire, sinon dans les autres sports, il y avait une bonne ambiance.

Je n’avais jamais vu de lutte avant d’en faire. Je connaissais les principes mais je n’avais jamais vu. Maintenant j’ai regardé des extraits de championnats du Monde sur youtube et aussi le replay du championnat de France 2016.

Je ne retiens pas les noms des champions. Il y en a qui ont de plus belles techniques que d’autres mais je ne retiens pas les noms.

Les films qui m’ont marqué c’est Rocky, tous les Hitman, les Bruce Lee, le film sur Mike Tyson, non, sur le plus grand boxeur, pas Mike Tyson : le film sur Aly. Après c’est plus des films comme Teken : c’est dans le futur, et le jeune garçon, pour sauver sa vie, il va se battre dans un grand championnat. Il y a plein de jeux qui sont sortis de ça aussi. C’est un peu du combat surnaturel. A la fin du film, il monte sur l’estrade et il vient mettre un coup retourné dans le bras de l’adversaire et l’autre il est K.O., je crois que ça se passe comme ça.

J’ai vu Foxcatcher, avec Channing Tatum qui est de mes acteurs préférés ; ce film est sur la lutte mais plus sur une morale.

J’ai fait un an de théâtre, en CM2, à dix ans. J’ai joué une pièce sur Persée, de la mythologie grecque. Ça m’a plu. J’étais dans une école Steiner. En Alsace. Ma grand-mère et mon grand-père travaillaient là-bas. Je sais que dans les plus grandes classes, à chaque fin d’année ils font une pièce de théâtre.

J’ai fait aussi beaucoup de déménagements, j’ai habité à Montpellier, à Pont-Saint-Esprit, en Alsace, après j’avais été dans la région parisienne, j’ai habité à Alès, à Nîmes, à Marseille. Là j’ai fait Les Lilas, Romainville, Montreuil, Bagnolet. Ça fait trois ans que j’habite à Bagnolet. Je pense que je vais rester un peu. Mes parents ont le projet d’acheter une maison à Romainville. Je viendrai toujours ici.

La première fois que je me suis cassé quelque chose, c’est à la lutte ! L’orteil. Un truc complètement con. On faisait un combat, l’adversaire me met un gros shoot dans l’orteil. Ça me fait mal. Je vais sur le bord. Je vais faire une radio : je vois qu’il est cassé. Je me le suis recassé une deuxième fois en faisant un mauvais tour de hanche, j’avais l’orteil au sol, je ne m’appuyais que là-dessus, l’adversaire m’est retombé sur le dos et l’orteil a cassé. Et la troisième fois, c’est en courant. Toujours le même orteil. Et c’est la première fois aussi où j’ai eu des infections à cause du tapis, qui m’ont fait arrêter trois mois encore. Je l’ai refilé à mon frère il n’y a pas longtemps. C’est un peu comme des mycoses.

On parle des fresques de Beni-Hassan

J’ai déjà vu des fresques grecques qui montraient des combats de lutte. Parce que l’année dernière j’ai fait du grec et on est allés faire une visite dans un musée où j’en ai vu, parce que les Jeux ça vient de là-bas.

J’ai essayé d’apprendre des prises en regardant des combats sur youtube mais je n’y arrive pas. Les prises sont trop compliquées. A l’entrainement on apprend les prises basiques.

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