Le Cercle

Une exploration des clubs de sports de combat en Seine-Saint-Denis

Stupeur et tremblement

D’où vient l’expression ? De la bible ? Devant l’apparition de dieu, le prophète ressent-il stupeur et tremblement ?

D’abord la stupeur : suspension, immobilité instable, hébétement, sidération.

Ensuite, le tremblement : la première sensation qui apparaît lorsque l’esprit retourne dans le corps dont il s’était un instant absenté.

Quand, au cours de mon existence, il m’est arrivé de recevoir un coup – un vrai coup, bien porté, un coup qui était allé sans dévier à son but – lors d’une bagarre ou d’un accident, ou sous le coup d’une émotion brutale, quand tout était venu trop vite pour parer, quand je n’avaisi rien vu venir : alors, je souviens avoir ressenti stupeur et tremblement.

Cette stupeur et ce tremblement, ne me donnaient pas la sensation d’un achèvement, d’une conclusion, d’un effondrement, d’un désastre. Cette stupeur et ce tremblement semblaient annoncer quelque chose. Mais quoi ?

À l’instant de la stupeur, je vois des étoiles. J’en vois mille, je ne vois que ça. Sidéré, je suis. Les étoiles sont mon unique panorama. Un panorama assez pauvre. Mais qui prouve que je suis encore conscient de voir quelque chose.

C’est du fond de cet embryon de conscience que nait le tremblement. Ce n’est pas de la peur. Ce n’est pas de la colère. C’est une sensation physique qui s’impose à son tour et remplace les étoiles. Elle nait de l’intérieur. C’est de l’intérieur que je tremble. Les étoiles c’était dehors, le tremblement c’est dedans. Ce tremblement, il n’est ni agréable, ni désagréable. C’est plus tard que saurai dire si ce tremblement est délicieux ou pénible. Car il peut annoncer une grande jouissance, comme une grande peine, et parfois les deux intriqués ensemble. Mon expérience me prouve que le tremblement contient une bonne dose de plaisir quand il est suivi d’un évanouissement. Si je reste conscient, alors le tremblement annonce une douleur à venir, une douleur que je pourrai localiser, et qui contiendra en germe colère et rage.

J’ai vite compris que durant un entrainement, il est impossible de ne recevoir aucun coup. Les milles étoiles sont loin, les coups ne sont pas appuyés. Pourtant, ils arrivent à destination, contrairement au taï-chi où ils sont en quelque sorte simulés. C’est peut-être ça donne leur humilité aux boxeurs et leur orgueil aux maîtres d’art martiaux. Les boxeurs savent qu’ils vont devoir encaisser des coups, les pratiquants d’art martiaux sont persuadés qu’ils pourraient parer chacun des coups.

Les coups, je n’ai pas l’habitude d’en recevoir.

Alors, même si le coup n’est pas appuyé, et bien qu’il vienne de la part d’un camarade bienveillant, quand bien même je ne ressens ni stupeur ni tremblement, je sens monter très fort ces deux émotions : lassitude et indignation.

Mon premier geste, aux premiers cours, était de baisser les bras. Erreur. Car ma garde abaissée laissait à mon partenaire la possibilité de m’en allonger un deuxième.

Je travaille donc à surmonter ce réflexe de petit garçon, à ne pas me tourner vers un cercle de spectateurs imaginaires pour les prendre à témoin de l’injustice qui m’est faite. Voilà un premier mouvement qu’il est stupide ! me dis-je. J’oublie la douleur qui ne nait bizarrement pas tant à l’emplacement de l’impact que plus bas, dans le cou ou la colonne, là où s’arrête la vibration du choc - .

Je me remets en garde. De derrière mes gants serrés, je guette l’instant où je pourrai à mon tour allonger un coup à mon camarade qui vient de me frapper.

 

Mots-clés: Boxe

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