Le Cercle

Une exploration des clubs de sports de combat en Seine-Saint-Denis

Tu pourrais faire une compétition

Tu pourrais faire une compétition

Nous sommes dans la salle dévolue au soutien scolaire, surplombant les deux rings du Boxing Beats.

Franky est assis à la table. Il écrit dans son cahier. Il prépare son cours. Son écriture est soigneuse, ordonnée, de la main gauche.

Caroline et moi rangeons l’écran sur lequel nous avons, cet après-midi, projeté aux jeunes « Boxing Jim » de Frederick Wiseman. En fait, au seul Mamoudou qui quoi qu’il arrive, passe ses journées au club. Il a été rejoint en cours de projection par Abd el Kader, qui passait par là.

C’est bien la fin de la saison.

C’est aussi la fin du ramadan.

Je demande à Franky de m’en dire un peu plus sur la compétition de « Boxers Inside » pour laquelle je viens de lui acheter un billet.

  • « Ce sont les compétitions que Sarah et moi on organise pour les boxeurs de la Boxe loisir. Des combats qu’on organise avec les gens du cours où tu vas, contre des types d’autres clubs, de même niveau, de même poids, du même âge. Tu pourrais y participer l’année prochaine, si tu veux. »

Je pâlis, je blêmis, je bafouille.

  • « Penses-y » conclut Franky en se replongeant dans son cahier.

Boxers Inside : leurs compétitions, leurs préparations, leurs entraînements, leurs commentaires d’après-combat, j’ai entendu parler de tout cela dans les vestiaires par ceux qui y participaient.

Sébastien a suivi les entraînements physiques spécifiques que suivent les boxeurs qui s’y préparent. C’était le samedi matin. Il m’a dit que c’était plus dur que nos cours. Que lui-même avait manqué vomir de fatigue lors d’une de ces séances. Depuis, il n’y va plus.

Moi, je n’ai jamais été invité à ces entraînements-là. Et à juste titre. Il me semblait en effet, que de par mon âge et un certain manque de don, j’étais définitivement inapte aux vrais combats.

L’année dernière, Sébastien et Zoé ont assisté à une compétition de Boxers Inside. Sébastien m’a dit :

« C’était super bien organisé. Ça se passait au Boxing Beats. Ils ont installé des gradins, des lumières, des fumigènes, une sono, un bar. Un DJ tient la sono, et un présentateur annonce les combattants. Il y a un arbitre, un assistant, une fille au gong. Les vainqueurs reçoivent une ceinture. C’est le grand jeu. Ça fait plaisir de voir des types avec qui on s’entraîne sur un ring.

J’ai vu un combat entre deux vieux. Bon, Zoé et moi, on n’était pas d’accord sur notre sensation devant ce combat. Elle les trouvait émouvants. Moi, je les trouvais pathétiques. Ah, non, moi, je ne veux pas faire de compète. J’ai déjà assez de mal à venir régulièrement aux entraînements, alors... »

Je suis allé voir le gala de Boxers Inside. C’était comme me l’avait décrit Sébastien. Les filles au bar portaient des chapeaux de paille. Le DJ passait de la salsa. Des jets de fumée saluaient l’entrée des boxeurs.

J’ai vu mes camarades combattre.

Le dernier match, les poids lourds c’était Samuel annoncé comme « Bison Biiiiifton ! » par la speakerine contre le frère de Sarah… J’ai trouvé qu’ils tapaient fort pour des gens qui se connaissent si bien.

Je suis terrifié à l’idée que je pourrais passer un an à préparer un combat. Et puis, le jour dit, me retrouver dans le vestiaire, attendre mon tour,  entrer dans la salle, avancer vers le ring, passer sous les cordes, sautiller en frappant mes poings l’un contre l’autre en attendant mon adversaire, entendre le gong.

Mots-clés: Boxe

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