Le Cercle

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J’ai reçu un compliment de Mirko

Au bout d’un an et demie de pratique de la boxe, voilà que Mirko, l’assistant de Franky notre professeur, me fait un compliment.

Pour être précis, il a partagé ses compliments entre Dany et moi pour l’assaut que nous avions mené ensemble.

- « Bravo, les gars. C’est super ce que vous avez fait ».

- « Il est en progrès le papy » m’a-t-il dit en désignant Dany qui s’éloignait.

Je me suis demandé si Mirko ne se complimentait pas un peu lui-même par la même occasion, puisqu’il donne régulièrement des cours particuliers à Dany. Les compliments sont tellement rares qu’on a du mal à croire en leur sincérité. On se dit : il dit ça pour qu’on ne se décourage pas complètement.

Dany est en effet en progrès : il m’a allongé deux crochets qui ont atterri sur ma mâchoire. De retour à la maison, je trouvais avec plaisir une soupe que j’avais préparée la veille : un aliment parfaitement approprié à mon impossibilité à mâcher consécutive à ces deux coups. Les deux crochets de Dany ont résonné jusqu’à l’accroche des mandibules et dans mon oreille interne qui est restée douloureuse une semaine.

- « Bien fait » avait commenté Mirko après le premier crochet « Ça t’apprendra à ne pas garder ta main droite devant ta joue ». Dany a entendu la critique à moi adressée, et s’est engouffré dans la faille ainsi indiquée. C’est sa récidive sur ma mâchoire qui m’a du coup le plus vexé, prévenu que j’étais.

Dany a bien fait, et c’est bien fait pour moi.

Le compliment fait partie de l’ancestrale pédagogie de la carotte et du bâton qui est d’usage dans un cours de boxe. Le bâton, c’est le quotidien de l’élève boxeur. Loin d’être une métaphore, il se matérialise très concrètement certains soirs entre les mains de Sounil l’entraîneur des amateurs.

- «  Vendredi dernier, on devait demeurer accrochés aux agrès, j’avais lâché pour souffler, paf, je reçois un coup sur les épaules. C’était Sounil avec sa baguette » rigolait hier Dany.

C’est étrange que ça nous fasse rigoler, ces châtiments corporels que nous dénoncerions dans n’importe quelle autre circonstance.

Le compliment, c’est le Graal de l’apprenti boxeur. Dans notre groupe, les compliments individuels sont rares, et quasi inespérés de la part de Franky, notre coach. Hier, dans les vestiaires, deux gars s’extasiaient après le cours :

-«  Franky, il nous a dit : c’est bien ce que vous faites, les gars. Sur la tête de ma mère, mon frère, il l’a dit, à moi et à Samuel, il l’a dit, pas vrai Sam ? »

Et Sam, le regard vers le sol :

- « Ouais. Il l’a dit. »

Le compliment c’est l’onguent sur les ecchymoses.

Mots-clés: Boxe

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